Demas Nwoko dit de lui-même qu’il est un “créateur artistique”, un “maitre de chantier”, non pas un architecte. Sans formation en architecture, il est diplômé des Beaux-Arts. Durant ses études, il est membre de « Zaria rebels » (les rebelles de Zaria), un groupe de jeunes artistes en quête de nouvelles tendances Nigérianes dans les arts graphiques et théâtraux. Ainsi, Du Théâtre et la Sculpture, Demas passe à l’architecture, et son approche peu conventionnelle de la profession le distingue dès ses débuts. Pour lire la critique complète par Antoni Folkers S s'il vous plaît cliquer sur TEXTE ci-dessus.
Il y a quelque chose de l’ordre de l’évidence dans l’initiative prise par Godwin et Hopwood de publier un livre sur Demas Nwoko. D’une part dans l’idée de célébrer l’œuvre de cet imminent architecte. D’autre part dans la tendre recherche de témoigner de ce qu’est aujourd’hui l’architecture Africaine contemporaine.
L’amour, l’énergie, le talent et le temps investis par les auteurs font de ce livre un hommage de chaque page. La vie et les travaux de Nwoko sont décrits de façon attrayante, les auteurs s’effaçant modestement, laissant le lecteur découvrir par lui(elle)-même son œuvre. Cette authenticité n’a pourtant rien d’inné de la part d’architectes de leur renommée et qui eux-mêmes mériteraient bien une duo-graphie de leurs œuvres.
Demas Nwoko dit de lui-même qu’il est un “créateur artistique”, un “maitre de chantier”, non pas un architecte. Sans formation en architecture, il est diplômé des Beaux-arts. Durant ses études, il est membre de « Zaria rebels » (les rebelles de Zaria), un groupe de jeunes artistes en quête de nouvelles tendances Nigérianes dans les arts graphiques
et théâtraux. Ainsi, Du Théâtre et la Sculpture, Demas passe à l’architecture, et son approche peu conventionnelle de la profession le distingue dès ses débuts.
Il crée son atelier d’arts “New Culture Studio and Residence” (Studio et Résidence des Nouvelles Cultures) en 1967. Cet atelier se distingue notamment pour trois des innovations architecturales qui lui seront attribuées. Ces innovations se déclinent comme étant des réinterprétations du palais traditionnel Igbo, de la façade double-peau et de l’utilisation de blocs de terre comprimés.
Le concept de la terre servant à réaliser les blocs de terre comprimés, qu’ il appellera « Latcrete », est à base de latérite. Ces blocs sont comparables dans leur structure à des blocs de granite.
Le concept de la deuxième peau est que celle-ci épouse la façade extérieure à l’est et à l’ouest afin de protéger le bâtiment de la surchauffe. L’innovation de Nwoko réside dans la réduction d’ouverture de l’enveloppe vitrée, une réduction qui le mène à minimaliser les fentes. Ceci est assez original par rapport à la solution moderniste de façades ouvertes protégées par les pare-soleils.
L’interprétation de Nwoko du traditionnel impluvium constitue d’un point de vue esthétique l’une des ses œuvres les plus remarquable. Il introduit ce que les auteurs appellent « la chute de fibre de glace translucide ». Ce système de captage guide la lumière et les eaux de pluie de façon à refroidir le bâtiment.
Les innovations de Nwoko ne se limitent pas à ces trois exemples. Plus tardive mais tout autant provocante, est l’application de tuiles en béton fibré sans cloisonnement. Bien que cela n’empêche l’intrusion des eaux de pluie occasionnelles, ce système permet l’amélioration de la lumière intérieure et des qualités de ventilation. Il compare cette innovation aux feuilles de l’arbre.
Selon les auteurs, les bâtisses de Nwoko se classent dans la typologie Baroque et de la Renaissance. En effet, il est tentant de reconnaitre Palladio dans ses œuvres symétriques, au corps central et unique tant dans les habitats que dans les Eglises. Ce style existant par ailleurs dans l’architecture Nigériane traditionnelle est très bien documentée par Dmochowski(1).
D’une certaine mesure, ses larges immeubles, ses églises, mosquées et théâtres ressemblent familièrement à ceux de l’architecture Baroque. Pour autant, si les plans expressionnistes de Nwoko doivent certainement être influencés par des architectes baroques, l’absence de sources et de référencement dans l’ouvrage, rend impossible pour moi de tracer les œuvres indiquées comme étant des exemples baroques. Je pense donc que les auteurs entendent dans le terme baroque le sens expressionniste, plutôt qu’historique du terme.
L’inspiration de Nwoko vient également d’une architecture plutôt contemporaine voire tardivement moderniste, et bien entendu de l’Afrique elle-même. Le dome Mousgoum est une illustration évidente, mais d’autres indices sont aussi visibles dans l’architecture anthropomorphique Dogon et les caractéristiques géométriques du Maghreb qui sont souvent reconnaissables.
D’après l’ouvrage, l’œuvre de Nwoko se limite à dix-sept projets sur ses 40 ans d’exercice. Parmi ces projets, seuls six d’entre eux ont abouti selon les plans originaux. Un a été achevé après modification du design ne respectant donc pas les plans originaux, trois sont inachevés mais restent en cours de réalisation et un projet a été abandonné. Le reste de ces projets n’a pas été développé au-delà de la table de dessin. Les travaux aboutis regroupent trois catégories : des centres culturaux, des chapelles catholiques romanes et des couvents, enfin les résidences privées. L’Église semble avoir été son client le plus loyal.
Je ne peux que me demander pourquoi un architecte de son envergure n’a pas réalisé davantage de bâtisses. La réponse, souvent la même avec des avant-gardistes d’un tel génie, se trouve dans le caractère innovant de ses travaux. En premier lieu, trouver un client qui veuille s’embarquer sur une voie risquée n’est pas une sinécure. En second lieu, certains de ses projets sont d’une grande ambition, et sans ingénieurs qualifiés, techniciens et dessinateurs avertis, ils restent difficiles à réaliser (2).
Nwoko a seulement été capable de construire les projets plus modestes, mais leur achèvement est surtout dû aux qualités de supervision de ce “maitre de chantier”.
Il est clair que Nwoko appartient à cette classe de grands pionniers de l’architecture Africaine du dernier quart du vingtième siècle. Certains de ces pionniers ont réagi au Paramount du style international pendant la transition du style post colonial à l’indépendance des nations. Son œuvre peut être comparable à celle de ses contemporains, les rebelles africains Pancho Guedes au Mozambique, George Vamos au Kenya, Norman Eaton en Afrique du Sud et Hassan Fathy en Egypte.
Cependant, même si Nwoko questionne le modernisme, il ne s’en est pas détourné pour autant. Comme le remarquent les auteurs « Demas croyait au besoin « d’ améliorer » les formes traditionnelles et les matériaux […] mais n’a pas laissé les formes traditionnelles dicter son design. Au contraire, il s’est concentré sur le contenu du design, ne permettant pas à la théorie de régner. Ainsi, il est autant à l’aise avec toutes les formes pourvu que celles-ci remplissent leur fonction. Cette approche est typiquement africaine dans son côté peu conventionnelle, tandis que Vaughan-Richards et Beier débattent de la pensée « libérale » Européenne qui essentiellement émergea du rejet collectif de la mentalité coloniale. »
The architecture of Demas Nwoko (“l’architecture selon Demas Nwoko”) est un ouvrage hautement recommandable. S’il y avait une critique à ajouter, cela serait sur le graphisme de certains plans et sections. On regrettera aussi l’emplacement des légendes parfois incorrectes et les référencements parfois mal indiqués. Cependant cela ne gâche pas pour autant l’inspiration pour l’architecte et la réflexion théorique que l’on retrouve dans cet ouvrage exceptionnellement bien rédigé et illustré.
Enfin, à titre de conclusion, et sous l’égide d’ArchiAfrika, je me permets de remercier Bukka, et tout particulièrement l’architecte Giles Omezi, Directeur de Bukka et neveu de Demas Nwoko pour nous avoir offert de manière gracieuse cet ouvrage précieux.
20 Septembre 2010
Antoni S Folkers
The architecture of Demas Nwoko
“L’architecture selon Demas Nwoko”
John Godwin and Gilian Hopwood
Farafina, Lagos 2007
ISBN 978-978-068-843-9
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(1) Dmochowski, Z.R. An introduction to Nigerian Traditional Architecture (Une introduction à l’architecture Nigériane traditionnelle) 3 Volumes. London (Ethnographica) 1990.
(2) Une référence à la cathédrale de Bukoba au Kenya par l’architecte George Vamos. Cet édifice ‘byzantin’ demeure inachevé depuis 1967 et quarante ans plus tard, il est toujours aussi difficile d’envisager de la terminer. See: Folkers, A. Modern Architecture in Africa. Amsterdam(SUN) 2010 pp. 333-340.
(3) Alan Vaughan-Richards and Ulli Beier étaient des architectes et théoriciens architecturaux actifs au Nigeria durant l’indépendance, promouvant la réintégration des valeurs et formes traditionnelles dans l’architecture.